RDC: Entre les bombes et l’exil : le calvaire des civils d’Uvira, au Sud-Kivu contraints de fuir vers le Burundi.
Published on Saturday 03 January 2026 - 09:29
Le 10 décembre 2025, la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu à l’Est de la République Démocratique du Congo, a basculé dans le chaos. L’avancée des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par des militaires rwandais selon les autorités congolaises, et les affrontements avec les FARDC appuyées par les Wazalendo, ont transformé la ville en champ de bataille.
Des explosions ont retenti dans plusieurs quartiers. Des bombes tirées par les différentes parties au conflit ont frappé des zones habitées, causant la mort de civils parmi eux des enfants et des femmes et détruisant des maisons, des écoles et des églises. En quelques heures, des milliers de familles ont pris la fuite. « Nous avons fui sous les bombes » disent-ils.
Dans le groupement de Luvungi en territoire d'Uvira, Amina Byotinda, mère de quatre enfants, se souvient : « Les bombes tombaient sans distinction. Nous avons vu une maison s’effondrer après une explosion. Mon plus jeune fils criait. Nous n’avons rien pris, seulement les enfants. Nous avons couru. » Comme elle, des familles entières ont quitté leurs maisons à pied, portant quelques bagages, parfois des nourrissons sur le dos et des personnes âgées soutenues par les bras.
Certaines ont traversé la rivière Ruzizi à pied pour atteindre la province de Cibitoke au Burundi. D’autres ont embarqué dans des pirogues et des bateaux de fortune sur le lac Tanganyika, en direction de Rumonge. Quelques groupes ont rejoint Rumonge et Gasenyi, épuisés, après des heures de marche. Jean-Claude, 67 ans, raconte : « Je n’avais jamais imaginé finir ma vie en traversant une frontière comme un fugitif. Nous marchions sans savoir si nous allions survivre. »
À leur arrivée sur le sol burundais, les réfugiés ont été interceptés par la police burundaise, puis transférés vers des sites d’accueil et des camps de réfugiés. Mais le Burundi n’était pas préparé à un afflux massif de déplacés en si peu de temps. Les conditions d’accueil se sont rapidement révélées critiques.
Depuis leur arrivée au Burundi, et jusqu’au moment où nous écrivons ces lignes, de nombreux réfugiés vivent dans des conditions extrêmement précaires. Pas d’accès suffisant à la nourriture.
Peu ou pas de soins médicaux. Manque de latrines. Absence d’eau potable. Des familles entières dorment à la belle étoile. « Quand il pleut, nous sommes tous mouillés. Les enfants tremblent de froid », explique Espérance Byamungu, enceinte de sept mois. « Nous avons fui les bombes, mais ici nous luttons pour survivre. » a-t-elle ajouté.
Le surpeuplement et le manque d’infrastructures sanitaires ont favorisé l’apparition de maladies. Des cas de choléra, de paludisme (malaria) et d’autres infections ont été signalés. Plusieurs réfugiés, notamment des enfants et des personnes âgées, ont succombé. Un volontaire humanitaire local témoigne : « Les besoins dépassent largement les capacités disponibles. Il faut une réponse internationale urgente. »
Face à cette situation, le Gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a sollicité une première assistance en faveur des réfugiés. De son côté, le gouvernement burundais a appelé ses partenaires internationaux à soutenir la gestion de cette crise humanitaire. Madame Godelive Lugambo, ainsi que Kevin Bwija et Mafikiri Mashimango, ont dénoncé des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire, rappelant que les civils ne doivent jamais être pris pour cibles et que les États ont l’obligation de protéger les populations déplacées.
Ils appellent les autorités congolaises à assumer pleinement leur responsabilité dans la protection des civils et à œuvrer pour un cessez-le-feu effectif.
Dans les camps, les enfants dessinent des maisons en flammes et des hommes armés. Les écoles détruites à Uvira ont interrompu leur scolarité. Les femmes enceintes accouchent dans des conditions précaires. Les personnes âgées, déracinées, vivent dans l’incertitude. Le déplacement massif des habitants d’Uvira illustre une tragédie plus large : celle des civils pris au piège d’un conflit dont ils ne sont pas acteurs.
Raconter ces histoires, c’est rappeler que derrière les chiffres des déplacés se trouvent des vies brisées, des rêves interrompus et des droits fondamentaux bafoués : le droit à la vie, à la sécurité, à un logement, à la santé, à la dignité. Le 10 décembre 2025 restera une date gravée dans la mémoire collective d’Uvira. Mais pour les réfugiés entassés dans les camps du Burundi, la crise n’appartient pas au passé : elle est leur quotidien. Entre les bombes et l’exil, ils continuent d’espérer une chose simple: rentrer chez eux en sécurité.
Kefa Karago Placide
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