entre jeux politiques et attentes populaires, le gouverneur Purusi à l’épreuve.

Published on Friday 24 April 2026 - 13:10

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Au Sud-Kivu, l’histoire politique semble se répéter. La motion de censure engagée contre le gouverneur Jean-Jacques Purusi intervient dans un contexte déjà connu : celui d’un bras de fer permanent entre l’Assemblée provinciale et l’exécutif. Une réalité qui, bien que conforme au rôle de contrôle reconnu aux députés par la Constitution, prend souvent une tournure politique et intéressée.

Les accusations portées contre le gouverneur sont lourdes : non-respect des engagements, incompétence, soupçons de détournement des deniers publics, ainsi qu’une promulgation jugée irrégulière de l’édit budgétaire 2026. Sur le principe, les députés sont dans leur rôle. Mais dans les faits, ces motions de censure à répétition traduisent aussi une pratique devenue courante dans les provinces : faire pression sur l’exécutif, parfois pour des intérêts qui dépassent l’intérêt général.

L’expérience de Théo Ngwabidje Kasi reste illustrative. Lui aussi avait été confronté à plusieurs motions de censure. Au moins cinq sans jamais être renversé. Combattu, mais jamais abattu. Sa survie politique avait reposé en grande partie sur des repositionnements stratégiques, notamment son rapprochement avec la famille politique du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo après des tensions avec son autorité morale. 

Preuve que, dans ce type de crise, les alliances politiques pèsent autant que les performances de gouvernance. Aujourd’hui, Jean-Jacques Purusi fait face à sa première motion de censure. Contrairement à son prédécesseur, il entretient de bonnes relations avec son autorité morale et avec le président de la République. Mais un élément complique la donne : la mésentente entre son camp politique AFDC-A et la famille présidentielle. Un facteur qui pourrait influencer l’issue de cette crise.

Sur le plan local, les perceptions divergent. Une partie de la population voit en lui un gouverneur ferme, au point de le surnommer « Magufuli ». Mais du côté des élus, le constat est différent : ils dénoncent l’absence d’actions concrètes et pointent des discours jugés irréalistes et démagogiques. Ce décalage entre perception populaire et jugement institutionnel alimente davantage la tension.

À cela s’ajoute une lecture plus politique, voire communautaire, de la situation. Certains estiment que cette motion de censure serait teintée de tribalisme, assimilée à une manœuvre des élus du Sud de la province (Uvira, Fizi, Mwenga) contre un gouverneur originaire du Nord. D’autres, en revanche, considèrent que cette démarche est légitime au regard du bilan jugé insuffisant du gouverneur. Dans cette dynamique, le rôle du vice-gouverneur Jean-Jacques Elakano est également évoqué dans les calculs politiques.

Alors, que faut-il attendre? Si la motion de censure est rejetée, ce sera une victoire politique pour le gouverneur et ses alliés. Mais la question essentielle restera entière : la population en tirera-t-elle un bénéfice concret ? Si, au contraire, le gouverneur est déchu, il faudra se demander à qui profitera réellement ce changement. Aux citoyens du Sud-Kivu ou aux acteurs politiques engagés dans ce bras de fer ?

Au final, au-delà des rivalités, une réalité demeure : la province du Sud-Kivu a besoin de stabilité et surtout d’actions concrètes pour son développement. Car dans cette répétition des crises institutionnelles, le risque est grand de voir la politique l’emporter sur l’essentiel : répondre aux attentes de la population.

Kefa Karago Placide Éditorialiste.


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