Nord-Kivu et Sud-Kivu : une année d’occupation, une presse muselée.
Published on Tuesday 27 January 2026 - 12:36
Cela fait désormais une année que plusieurs villes et territoires des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu vivent sous l’occupation des militaires rwandais et des rebelles de l’AFC/M23. Une année marquée non seulement par l’insécurité, les déplacements de populations et la crise humanitaire, mais aussi par un recul alarmant de la liberté de la presse.
Dans ces zones sous contrôle rebelle, la presse n’est plus libre. La peur s’est installée durablement dans les rédactions. Les journalistes, autrefois sentinelles de la démocratie, travaillent aujourd’hui sous une pression permanente, contraints au silence ou à l’autocensure. Les rédactions locales s’intéressent de moins en moins aux questions sociopolitiques nationales, évitant soigneusement les sujets jugés sensibles, notamment ceux liés au gouvernement de Kinshasa ou aux actions de l’AFC/M23.
Cette situation crée un grave déséquilibre dans le traitement de l’information. Lorsqu’un sujet est abordé, il manque souvent « les deux sons de cloche », principe fondamental du journalisme professionnel. Pire encore, une enquête menée à Bukavu et à Goma du 20 au 25 janvier 2026 par les correspondants d’AVERTICOM révèle que les journalistes qui tentent de respecter l’équilibre de l’information sont directement pris pour cible : intimidations, enlèvements, tortures.
Leur seul tort ? Avoir voulu informer avec rigueur et impartialité. Face à ces menaces, la majorité des médias locaux se replient sur des thématiques jugées moins risquées : humanitaire, environnement, culture, sport ou religion. Une information utile, certes, mais qui ne saurait remplacer le rôle essentiel de la presse dans l’analyse critique de la situation politique et sécuritaire du pays.
Le silence imposé sur ces sujets constitue une victoire inquiétante pour ceux qui cherchent à contrôler le récit et à étouffer toute voix discordante. Plus préoccupant encore, certains correspondants de médias internationaux présents dans la région sont accusés de produire des reportages favorables aux rebelles, travaillant de facto pour leur compte.
Cette dérive fragilise davantage la crédibilité de l’information et prive l’opinion nationale et internationale d’une lecture objective et complète de la crise à l’Est de la République démocratique du Congo. Une année après le début de cette occupation, le constat est amer : la liberté de la presse est gravement menacée, et avec elle, le droit des populations à une information libre, pluraliste et équilibrée.
Protéger les journalistes, garantir leur sécurité et restaurer un environnement propice à l’exercice libre du métier restent des urgences absolues. Car là où la presse est réduite au silence, ce sont la vérité et la démocratie qui reculent.
Kefa Karago Placide, éditorialiste.
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