ÉDITORIAL-Uvira : quand l’insécurité prospère sur fond de divisions et d’inaction.
Published on Saturday 02 May 2026 - 10:07
À Uvira, le temps n’est plus aux constats, mais aux décisions. En l’espace de 48 heures, deux vies ont été fauchées, dont un enfant de 14 ans et une femme. En une semaine, le bilan grimpe à au moins quatre morts. Derrière ces chiffres, il y a des familles brisées, une population traumatisée et une ville qui s’enfonce dans la peur.
Les témoignages se ressemblent : des hommes armés opèrent la nuit, ciblant maisons et boutiques, pillant en toute quiétude. Le plus troublant n’est pas seulement l’audace des criminels, mais l’impuissance apparente des autorités. Dans une ville censée être sous contrôle de l’État, la sécurité devient un luxe, et la peur, une routine.
La situation à Uvira ne peut être dissociée des tensions politiques qui minent la province du Sud-Kivu. Les divisions ouvertes entre le gouverneur, le vice-gouverneur et certains députés provinciaux envoient un signal dangereux : celui d’un pouvoir fragmenté, préoccupé par ses querelles internes plutôt que par la protection des citoyens. Quand les institutions se fissurent, l’insécurité s’infiltre.
L’absence de coordination et de vision commune au sommet de l’État provincial affaiblit inévitablement les réponses opérationnelles sur le terrain. Plus préoccupant encore, le manque d’initiatives concrètes au niveau provincial et local. Le Conseil urbain de sécurité, censé anticiper et coordonner la riposte face aux menaces, brille par son silence. Une réunion élargie annoncée puis reportée sans nouvelle date : difficile d’imaginer symbole plus frappant d’une gouvernance hésitante, voire déconnectée de l’urgence.
Pendant que les autorités tergiversent, les criminels, eux, n’attendent pas. Faut-il un état de siège pour Uvira ? Face à cette spirale, certaines voix s’élèvent pour réclamer des mesures exceptionnelles, notamment l’instauration d’un état de siège, avec à la clé la nomination d’un gouverneur militaire et d’un maire militaire. L’idée n’est pas nouvelle dans l’est de la RDC. Elle repose sur un principe simple : face à une insécurité persistante, seule une réponse forte, centralisée et militarisée pourrait rétablir l’ordre.
Mais cette option mérite un débat sérieux. Car si elle peut apporter des résultats à court terme, elle soulève aussi des questions fondamentales : quid des libertés publiques ? quid de la gouvernance civile ? et surtout, pourquoi en arrive-t-on toujours à des solutions d’exception ?
Le vrai problème dépasse Uvira. Il touche à la capacité de l’État à assurer ses fonctions régaliennes dans une région pourtant sous son contrôle. L’insécurité actuelle n’est pas seulement une crise criminelle, elle est le symptôme d’un affaiblissement de l’autorité publique.
Ce que réclame aujourd’hui la population n’est pas nécessairement un changement de régime sécuritaire, mais des actions concrètes : Une présence policière et militaire renforcée et visible ; Des opérations ciblées contre les réseaux criminels ; Une justice efficace pour dissuader les récidives ; Et surtout, une coordination réelle entre les autorités à tous les niveaux.
Il est encore temps d’éviter le pire. Mais pour cela, les dirigeants doivent sortir de leurs logiques de confrontation et se reconnecter à la réalité du terrain. À Uvira, la population ne demande pas des discours. Elle demande de pouvoir dormir sans peur.
Kefa Karago Placide éditorialiste.
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