Uvira: une marche pacifique ou une mobilisation pécuniaire. À qui profite réellement cette marche dite pacifique ? À la population ou aux acteurs politiques ?

Published on Wednesday 04 November 2026 - 00:45

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À Uvira, ce mardi 3 novembre 2026, les rues ont été envahies par une foule composée d'enfants, de jeunes filles et garçons, de femmes et d'hommes, y compris des personnes âgées. Objectif affiché par les organisateurs : dire non à la guerre, non au mouvement FRN associé à Joseph Kabila et oui au dialogue national inclusif annoncé, selon eux, par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Organisée par le présidium provincial de l'Union sacrée de la Nation, cette marche présentée comme pacifique soulève néanmoins une interrogation fondamentale : s'agissait-il réellement d'une mobilisation populaire spontanée ou d'une manifestation à caractère pécuniaire ?

Une semaine avant l'événement, deux communiqués avaient déjà circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le premier, signé par le gouverneur du Sud-Kivu, également président provincial de l'Union sacrée de la Nation, annonçait l'organisation de cette marche. Le second, émanant de la mairie d'Uvira, invitait la population à prendre massivement part à cette mobilisation.

À la veille de la manifestation, plusieurs autres communiqués de soutien ont inondé les réseaux sociaux et les médias locaux. Des acteurs politiques, des organisations de la société civile, des représentants des confessions religieuses et des structures de jeunesse ont successivement appelé la population à participer à cette marche.

Mais derrière cette avalanche d'appels à la mobilisation, une autre réalité mérite d'être interrogée : la circulation de l'argent destiné, selon les informations rapportées localement, à la mobilisation et au transport des participants.

C'est précisément ce qui alimente les interrogations sur le caractère pécuniaire de cette marche. En effet, la mobilisation aurait bénéficié de moyens financiers distribués à travers différents représentants des couches sociales locales : femmes leaders, organisations de jeunesse, chefs de quartiers, responsables religieux, partis politiques, organisations de la société civile et mouvements citoyens.

Grâce à ces moyens, des sensibilisateurs ont sillonné plusieurs avenues et quartiers pour encourager les habitants à descendre dans la rue. La mobilisation observée le jour de la marche ne serait donc pas uniquement le résultat d'une adhésion spontanée à l'appel des organisateurs, mais aussi celui d'une stratégie de mobilisation financée.

Par ailleurs, le gouverneur de province avait décidé de la paralysie de toutes les activités durant la matinée, avec une reprise prévue après la marche. Sur la route nationale numéro 5 (RN5), une foule venue des différentes parties de la ville d'Uvira et du territoire environnant s'est rassemblée pour dénoncer ce qu'elle considère comme une guerre imposée à la République démocratique du Congo par le Rwanda et ses supplétifs du mouvement FRN.

Un dispositif policier et militaire a encadré les manifestants tout au long du parcours, du point de départ jusqu'au lieu d'arrivée. Des jeunes et des femmes, certains portant des calicots, ont défilé au rythme des chants de soutien aux FARDC, aux Wazalendo et au président de la République, tout en exprimant leur opposition à la guerre.

Cependant, une question demeure : à qui profite réellement cette marche dite pacifique ? À la population ou aux acteurs politiques ?

À observer les symboles, les drapeaux et les effigies des autorités morales et responsables politiques mis en avant durant cette mobilisation, il est légitime de s'interroger sur les véritables bénéficiaires de cet événement. Les images de cette foule peuvent devenir un instrument de communication politique, permettant aux organisateurs de présenter une démonstration de popularité et de soutien populaire auprès de l'opinion nationale et internationale.

Une foule mobilisée, des drapeaux brandis, des slogans scandés et des images largement diffusées : autant d'éléments susceptibles d'être exploités pour renforcer une légitimité politique et justifier les moyens financiers consacrés à l'organisation de cette manifestation.

Mais au-delà de cette démonstration de force, qu'est-ce que la population d'Uvira gagne concrètement ?

La population n'a-t-elle pas déjà suffisamment assisté à des marches, des journées villes mortes, des déclarations politiques et des promesses de retour à la paix ? Ce dont elle a aujourd'hui besoin, ce ne sont pas de nouvelles démonstrations de rue, mais des actes concrets. Les habitants d'Uvira et de l'ensemble du Sud-Kivu attendent des décisions courageuses, des initiatives diplomatiques et politiques efficaces, ainsi que des engagements réels en faveur de la paix, de la sécurité et de la stabilité.

La paix ne se décrète pas dans les rues à travers des slogans. Elle se construit par des décisions, des responsabilités assumées et des actions concrètes.

Une marche peut remplir les rues, mais elle ne suffit pas à ramener la paix dans le pays. Et si l'argent peut acheter une mobilisation, il ne peut ni acheter la paix ni effacer les souffrances d'une population qui aspire simplement à vivre en sécurité.

À Uvira, plus que des marches, la population attend des résultats.

La Rédaction d'AVERTICOM


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